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Jeanroy, Alfred; Salverda de Grave, Jean-Jacques. Poésies de Uc de Saint-Circ. Toulouse: Imprimerie et Librairie Édouard Privat, 1913.

457,040- Uc de Sant Circ

COMMENTAIRE HISTORIQUE
 
La comtesse de Provence nommée au v. 46 peut être Garsende, veuve d’Alphonse II, chantée notamment par Elias de Barjols (1), ou Béatrice de Savoie, femme de Raimon-Bérenger V. La première fut, de 1209 à 1220, tutrice de son fils ; la seconde épousa Raimon en 1219 ; elle a été souvent chantée par les troubadours (2). Il semble que les hommages de Uc se soient plutôt adressés à la première : les v. 47 et ss. pourraient en effet se rapporter à ses talents de régente. Ce qui est certain (d’après la pièce XXXIX), c’est que Uc séjournait en Provence avant 1218.
 
 
 
NOTES CRITIQUES ET EXPLICATIVES
 
Les quatre premières poésies imprimées ci-dessus (3), et qui ont été analysées plus haut, reposent sur les mêmes images, qui se ramènent, en somme, à une antithèse entre le cœur et les yeux.
Cette antithèse n’était pas, comme on va le voir, nouvelle dans la poésie en langue vulgaire ; toutefois, elle ne semble pas remonter à l’antiquité. Les élégiaques latins ont souvent parlé de cœurs brûlés ou percés de flèches ; ils ont naturellement noté que c’est par les yeux que l’amour est conçu ; mais ils n’ont pas songé à opposer ces deux objets (4). Je ne crois pas non plus que cette opposition se trouve chez les écrivains antiques postérieurs ; car le docte Richelet, qui a commenté une ode de Ronsard (IV, 22) où elle est, une fois de plus, mise en œuvre, aurait bien su l’y dénicher (5). Elle remonte sans doute aux poètes latins du moyen âge, que leur culture classique rendait aptes à varier et à développer les vieilles métaphores, et c’est d’eux qu’elle aura passé aux rimeurs en langue vulgaire (6).
 
 
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25. D’après la tradition des mss., le mot domna aurait dû être admis dans le texte. Si nous ne l’avons pas fait, c’est que la symétrie des autres questions, aux vers 19, 21 et 23, exige un ieu après durarai. Puis le fait que IKUa’ ont aussi bien ieu que domna, ce qui leur donne une syllabe de trop, fait supposer que, dans leur original, ils ont trouvé ieu, et que, pour une raison ou pour une autre, ils ont voulu introduire le mot domna. L’inverse serait en soi explicable ; s’ils avaient eu domna dans leur original, ils auraient pu, pour rétablir la symétrie avec les vers 19, 21 et 23, introduire ieu. Seulement, P a eu et ajoute donc, de sorte que eu est certain pour le texte, d’après les mss. (PIKUa’CA) et par la symétrie ; mais, dans ce cas, domna doit être une addition postérieure. Nous supposons que ce qui a amené les différents copistes à changer, c’est qu’il y avait que ieu, sans élision, ce qu’ils ont pour la plupart voulu modifier.
Mais nous reconnaissons que notre rétablissement n’est pas sûr, de sorte qu’il vaut mieux ne pas faire état de ce vers pour la classification.
 
31. Ce qui nous a fait préférer la leçon de AUPE, c’est que alegransa se trouve déjà à la rime au vers 23.
 
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Le trait caractéristique de cette pièce est la répétition fréquente (à partir du couplet II) de la même formule (dont la place n’est pas toutefois invariable). De même dans Cadenet, Meravilh me, c. 1 et 5 (M. G. 683-4), P. Arn. d’Aganges (Rayn., Choix, V, 25), R. Bistortz (ibid., 398-9). La répétition d’un mot, le plus souvent un vocatif, est fréquente ; voy. Marcabru, L’autrier, et, sans doute à son imitation, Guiraut Riquier, Past. I, III, IV (M. W. IV, 83 ss.) ; de même dans une chanson dialoguée d’Aimeric de Pegulhan (Domna per vos ; M. W. II, 161) et dans une tenson entre Albert Marques et une dame, qui en est peut-être imitée (P. O. 94). Nous trouvons la répétition d’une formule interrogative assez semblable à celle-ci dans un planh de Pegulhan (De tot en tot ; M. W. II, 159). Les deux pièces les plus répandues où se trouvent des répétitions de ce genre sont les chansons 38 et 46 de P. Vidal (éd. Bartsch) ; mais dans la seconde la formule répétée revient à des places fixes. Voy. encore notre note à XVII, 9 -13.
 
1. M. E. Wechssler a écrit (Zeitschr. f. franz. Sprache und Lit., XXIV, 159 ; cf. Das Kulturproblem des Minnesangs, p. 140 ss.) un chapitre richement documenté sur la série de métaphores qui représentent l’amant comme le vassal de la dame ; il n’eût pas été sans intérêt d’étudier aussi l’amant vassal de l’Amour (7). Les deux conceptions sont du reste très voisines et en arrivent à se confondre presque, comme on va le voir par la fréquente association de domna et de Amors.
La métaphore des trois ennemis se retrouve chez Raimon Jordan, Vas vos soplei (M. G. 107 et 786) ; mais là, ce sont l’Amour, la dame et le cœur de l’amant ; Gaucelm Faidit, de son côté (Tant ai sufert, c. 4 ; P. O. 107), a accusé de trahison ses yeux et son cœur.
 
5-7. Cette association se trouve déjà chez B. de Ventadour :
 
A vos me clam, senhor.
De mi dons e d’Amor.
                                         (Lo gens tems, c. 2 ; M. W. I, 13.)
 
De même chez Arnaut de Marueil (Sim destrenhetz, c. 1, v. 1 ; M. W. I, 158), P. Raimon (Si cum seluy, c. 1, v. 4 ; M. W. I, 136), Arn. de Marueil  (L’ensenhamens, c. 5, v. 1 ; M. W. I, 163), Pegulhan (Cel qui s’irais, c. 5, v. 1 ; M. G. 343), Perdigon (Tot l’an, c. 3, v. 3 ; M. W. III, 72) et bien d’autres, cités par Mætzner, Altfr. Lieder, p. 140.
 
8. Ce vers se retrouve presque identique chez Folquet de Marseille
 
Pero no·us aus mon cor mostrar ni dire.
                                         (Tan m’abellis, c. 5 ; M. W. I, 329.)
 
et chez G. Faidit ; Mon cor e mi, c. 1 (M. G. 71).
 
14. L’amuissement du t issu de d intervocalique n’est normal que dans le Viennois et les parties limitrophes de la Provence et du Velay (Stroński, Folquet de Marseille, p. 136, note) ; mais les formes en ia pour ida se trouvent chez des troubadours de toutes les régions, comme le prouvent les exemples réunis par M. Stroński.
 
15. La même antithèse est fréquente, mais c’est ordinairement, comme il est naturel, l’amant qui poursuit, la dame (ou l’Amour) qui se dérobe :
 
Ieu sec cella... et ella·m fug.
                                        (B. de Ventadour, Quan vei, c. 4 ; M. W. I, 44.)
 
22. Imitation probable de Folquet de Marseille :
 
E sui aissi meitadatz
Que no·m desesper
Ni aus esperans’ aver
                                         (Us volers, éd. Stroński, IV. 8-10.)
 
41. Cf. Folquet de Marseille :
 
Per qu’ieus prec, domna valens,
Que sol d’aitan mi sufratz...
                                         (Ibid., 26-7.)
 
 
Notes :
 
1). Voy. éd. Strónski. p. XXII. ()
 
2). Springer, Das altprov. Klagelied, Berlin, 1895, p. 99. ()
 
3). Ces quatre poésies ont déjà été publiées avec une annotation moins abondante dans les Studj letterari e linguistici dedicati a Pio Rajna, 1911, pp. 1-28. Les pièces I et IV, II et III sont étroitement apparentées par la forme ; voyez les remarques sur la versification. ()
 
4). Voy. R. Pichon,  De sermone amatorio apud latinos elegiacos scriptores, Paris, 1902 (art. cor, oculi, pectus, sagitta) ; on y verra au reste que c’est ordinairement pectus et non cor qui rend l’idée moderne de cœur. ()
 
5). Paris, N. Bijon, 1623, 2 vol. in-fol. Richelet cite des passages de Quintilien, de Clément d’Alexandrie et de Maxime de Tyr, où est mis en relief le rôle des yeux dans la conception de l’amour. Quant à l’idée de considérer le cœur comme le siège de ce sentiment, elle doit être vieille comme le monde. L’antithèse était donc des plus obvies. Je ne crois pas néanmoins que l’antiquité lui ait donné une expression formelle. ()
 
6) Cf. dans deux pièces des Carmina Burana (Breslau, 1883), qui malheureusement ne peuvent pas être datées ; cordis venator (ms. venatar) oculus (56, 16) ; cepitque puellam — cordis hanc preambulusoculus venari (161, 22). ()
 
7) M. Martin Mueller a fait cette étude pour la poésie lyrique du Nord (Minne und Dienst in der altfr. Lyrik, Marburg, 1907, p. 89 et ss.). ()

 

 

 

 

 

 

 

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