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Français
Alexander H. Schutz

I. Vive Amour, qui m’a fait choisir celle qui ne veut pas de moi, qui ne me supporte ni ne m’accueille, car si elle me désirait comme je la désire, je n’aurais plus de quoi me servir (de mes outils) : prières, merci, indulgence et peur, chant et galanterie, soupirs, désirs et pleurs, (tout cela) serait inutile, si la coutume était que ceux qui aiment fussent également aimés.
 
II. Une jeune femme, accomplie en beauté, gaie, amoureuse, courtoise, de bonne grâce, où parfaite valeur est renouvelée et exaltée, m’a tellement conquis que je ne puis penser à une autre ; car, pour peu que je me dirige et me tourne dans un autre sens, elle attire de son côté mon cœur et mes yeux ; et si jamais je lui refuse on enlève cela, que Loyal Amour ne m’accorde pas de jouir d’elle.
 
III. De là naissent pour moi joie et plaisir au moment même où je souffre le plus ; et je suis réeompensé, tant la souffrance m’est douce, car j’aime mieux languir pour celle que j’aime que de recevoir d’une autre ce que me refuse son orgueil. Je ne voudrais avoir ni cherché ni trouvé une dame qui m’eût fourni un plaisir trop facile, car il n’y a de joie que celle qui est procurée par l’honneur et il n’y a d’honneur que celui qui est procuré par l’amour.
 
IV. Si Amour le veut et que Merci me vienne en aide, je serai bientôt guéri de mes douleurs et de l’affliction où je me trouve depuis longtemps ; mais Raison me tourmente, me frappe et me bat de manière à brouiller tous mes desseins ; je me tiens pour fou de désirer et vouloir ce qui ne peut et ne doit arriver ; et, pourtant (malgré la raison), je reste ce que j’étais (c. à d. fidèle à ma dame).
 
V. Raison ne peut me séparer de ma dame, car j’en appelle au nom de Dieu et d’Humilité ; et si Raison, de son côté, allègue ses perfections, moi, du mien, je fais de Merci ma citadelle ; et bonne renommée ne perd aucunement sa valeur si clémence lui prodigue ses faveurs (litt. « lui dore son fourreau »), car le dieu d’amour a jugé à bon droit qu’une dame doit enrichir son amant.
 
VI. D’être toujours suppliant je me désiste et m’y refuse. Au contraire, je serai reconnaissant, pourvu que je sois écouté d’Amour, qui est ma citadelle, mon guide et ma tour et qui me nourrit de hautes pensées. Je me tiens pour satisfait au sujet de Joie Nouvelle, de ce que le miroir ne la trompe en aucune façon. Je veux l’honorer et lui obéir et l’aimer toujours, et s’en moque qui voudra.
 
VII. Là où sont réunis tous les vaillants, va, chanson, bien vite, vers Anduze ; et si tu veux te faire agréer dans une bonne cour, crie souvent: « Châlus et Roquefeuil ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

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