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Ricketts, Peter T. Les poésies de Guilhem de Montanhagol, troubadour provençal du XIIIe siècle. Toronto: Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1964.

225,008- Guilhem de Montanhagol

DATE DE LA PIÈCE.
 
Il semble presque impossible de dater cette pièce. Il n’y a aucune raison de croire avec Coulet (p. 29) que la dame inconnue chantée dans la pièce XII soit la dame “avec laquelle elle [sc. Alcaya] partage les hommages du poète.” Mais si l’Alcaya de la pièce est Alcaie, femme de Raimond Bernard de Toulouse, il est possible de fixer la date de la composition entre 1242 et 1250, qui semble être la période la plus féconde de l’activité poétique de Guilhem.
 
 
NOTES.
 
1-5. Coulet a probablement mal compris ce dont il s’agissait ici. Tobler (Archiv, CI, 464) se montre peu satisfait de l’état du texte de cette pièce. Je donnerai par la suite les corrections et les changements du texte avec la traduction des six premiers vers.
 
1. Coulet n’a pas expliqué la construction de ce premier vers. Il s’agit ici de estar avec que et le subjonctif. Le sens est évidemment ‘s’abstenir de’. Les deux que qui en dépendent se trouvent aux vv. 2 et 4.
 
2. no·m : léger changement de n en m. Cela semble s’accorder mieux avec le sens du vers : “que je me donne la joie, puisqu’Amour veut m’en donner” (cf. aussi v. 4).
 
3. Coulet s’est vu obligé de faire divers changements à ce vers, et lire ez ab gai so au lieu de e mas gai so (cf. p. 122). Les seuls qui s’imposent sont iai et iaia qui deviennent gai et gaia, comme dans Coulet (ibid.). Dans l’ensemble de la phrase, ce vers, à part le e du début du vers, forme une phrase subordonnée : “et, parce que je suis gai de composer une chanson joyeuse, ...” (cf. aussi, Tobler, Archiv, CI, 464, mas = ‘weil’).
 
5. Comprendre ici no·ns, comme l’avait fait Coulet (pp. 122, 123), donne un contresens complet. Le poète vient de constater les raisons de sa joie. On comprend mieux qu’il écrive : quar nos platz jois. Cf. aussi, le sens du vers suivant.
Voici la traduction des six premiers vers (d’après Jeanroy (AdM, X, 351) en partie) : “Je ne m’abstiendrai pas, quoiqu’on m’en blâme, d’être joyeux, puisqu’Amour veut me donner la joie, et, parce que je suis gai d’avoir composé une chanson joyeuse, de nous réjouir, les fidèles amants et moi. Car la joie nous plaît alors même que les autres sont mornes, du fait qu’à nous [sc. servants d’Amour] toutes les joies sont données...”
Il est intéressant de noter les rapports évidents entre ces vers qui expriment l’idée d’une joie qui sera réservée aux servants de l’Amour et les vv. 13-15 de la pièce II.
 
8. chauzir. Coulet (p. 123) donne le sens de ‘se garder de’, ‘éviter’ et fait remarquer que “Raynouard (Lex. Rom., II, 362) au mot cauzir ne cite pas la forme se cauzir, dont le sens ici, comme XI, 2 [dans cette édition, V, 2], est très évidemment se garder de, éviter. Il ne donne ce sens que pour le verbe escauzir...” En effet, Coulet cite un exemple de Guiraut de Bornelh, donné par Raynouard, et corrige très justement e qu’escauzis de mescabar en e que·s cauzis de mescabar. Levy (SW, I, 231) ne cite pas d’exemples d’un se cauzir, mais sous escauzir (ibid., III, 161) il note la correction de Coulet.
 
8, 9. Comme le fait remarquer Coulet (p. 123), “l’imparfait jauzia est surprenant après le présent de la proposition précédente.” Coulet suggère que le fait que le verbe est à la rime (-ia) est pour quelque chose dans le choix du temps. Mais cet imparfait marquerait l’habitude et correspondrait pour cela au présent du vers précédent. C’est la solution la plus vraisemblable et la présence du participe présent (mercean au v. 9), qui sépare les deux verbes, rend cette incohérence moins abrupte.
mercean. Coulet propose dans sa note : “en disant merci, par suite : avec reconnaissance, avec bonheur” (p. 123), et, dans sa traduction : “et si l’on ne prend pas un égal plaisir au bien et au mal” (p. 184). La traduction du verbe mercear ne semble pas juste et celle du vers entier trop libre, sinon inexacte. Le verbe mercear se trouve aussi au v. 12 de ce poème dans le sens de ‘servir’ (cf. la note au v. 12). Je traduis donc : “en servant le bien et le mal, on ne pourrait en jouir.” Guilhem suggère que si l’on fait cas du mal, il est impossible de goûter la joie d’amour.
 
10. On peut retenir la correction de Coulet, tem ar, au lieu de te mai du ms.
 
11. don nais. La correction de Coulet est plutôt forcée. Il donne donnais ‘service d’amour’. On comprend mieux un verbe, “d’où naissent l’honneur et toute vertu.” Cf. également, VIII, 60, “don nais merces, valors e cortezia,” et “don nais jois e comensa” de Peire Vidal (Ab l’alen tir...).
totz benestar. Coulet note (p. 124, note au v. 11) qu’il s’agit ici de “la forme du cas régime au lieu de celle du cas sujet, sans doute sous l’influence de la rime.” Mais la note de Jeanroy nous apprend que benestar “n’est pas au cas régime, mais l’infinitif substantivé peut ne pas prendre la marque du cas sujet quand il n’est pas précédé de l’article” (AdM, X, 352).
 
12. mercear. Coulet (p. 124, note au v. 12) veut y voir un mercear intransitif qui signifie ‘implorer’. Il explique la construction avec le datif par l’analogie des verbes qui signifient ‘prier’, ‘demander’. Cependant, il traduit par ‘honorer’ (cf. p. 184, à la traduction, et mercear au glossaire (p. 226), où il le note comme un verbe transitif). Il faut, en effet, y voir un verbe intransitif, mais non pas dans le sens que lui avait donné Coulet. Cf. Levy (SW, V, 231, mercear 3)) qui traduit par ‘servir’.
 
13. qe·l tornon. Levy (ibid.) se montre timide à ce sujet et renvoie à la note de Tobler (Archiv, CI, 465 : “da amor weiblich ist, kann das l nach que nicht ein auf amor bezogener Accusativ sein”). En effet, on peut rapporter le l du v. 13 à pretz et totz benestar et traduire : “Amour, d’où naissent l’honneur et toute vertu ? Parce que des puissants qui devraient le [sc. Amour] servir, nous voyons la plupart les [sc. pretz e totz benestar] abandonner. “Cependant, une autre solution est possible. Le poète, voulant rendre encore plus sensible l’antithèse entre les deux verbes, mercear et tornon, a sacrifié la précision grammaticale aux exigences poétiques d’un point de vue stylistique et métrique, car un la devant tornon aurait fait un pied de trop. Il est à remarquer aussi que l’antécédent du l, amors, se trouve au v. 11, donc assez loin du v. 13 pour que l’erreur ne soit pas trop évidente.
 
16. e promet lor. Avec Tobler (ibid.), il faut corriger le ms. et lire lor au lieu du si de Coulet (p. 120, v. 16). Cf. Levy (SW, VI, 585, 2)) pour cette construction.
 
17. On doit suivre Coulet (p. 124, note au v. 17) pour la correction de la leçon prez aver. Prec auzir convient beaucoup mieux au sens de la phrase.
 
21. Il est préférable de lire ici saup pour être d’accord avec le temps des autres verbes se trouvant dans la phrase. Il a été impossible de trouver d’autres exemples de sap comme 3e p. s. de l’indic. parfait que celui que donne Appel (Prov. Chrestomathie, xxxiv, se rapportant à 111.23, p. 162). Quant à l’exemple mentionné par Coulet, il est bien possible que cette forme soit un présent. Appel prend la leçon de IKR mais M. Lavaud (p. 531) préfère la leçon de TBa, saup (cf. là-dessus, sa note, p. 536).
L’histoire de la pluie merveilleuse remonte très loin dans le temps. Peire Cardenal l’utilise dans sa fable, “Una ciutatz fo...”, mais chez lui le sage ne perd pas sa raison, étant resté par hasard dans sa maison à dormir. Chez Montanhagol, le sage a le bon sens de se garder de la pluie. Mais inversement, celui de Cardenal se réfugie dans sa maison devant l’attaque des fous, tandis que celui de Guilhem se laisse aller finalement à la folie. M. Lavaud (p. 538) donne des renseignements intéressants sur la question. Il ressort de sa discussion que la source de cette fable est inconnue ; il n’est donc pas possible de répondre à la question de Coulet sur l’originalité du dénouement donné par Guilhem dans sa version. On sait pourtant, grâce aux renseignements de M. Lavaud, que la version de Guilhem se retrouve sous une autre forme dans la poésie du Portugais, Sá de Miranda, qui, selon M. Lavaud (qui rejette la thèse de Th. Braga, dans Gröber, Grundriss der romanischen Philologie, III, 289, n. 4, d’une imitation de Peire Cardenal), prend celle de Guilhem. M. Lavaud donne le début de l’églogue Basto (Dia de maio choveu, 3 str. de 10 v.), d’où l’on tire la phrase suivante : “Il s’écria : Je renie mon père si je ne me mouille pas de cette eau. Il alla vers une mare, se mouilla partout et prit l’eau comme remède. Alors tous vinrent à lui et leur accord se manifesta en dansant.” Ce que les deux versions ont de commun, c’est que le sage cède finalement.
 
22. ploia. Il convient de garder la leçon du ms. Cf. Levy (SW, VI, 391, ploja) qui donne l’exemple suivant :
 
Ancar i a mais que m’enoia:
Cavalcar ses capa, de ploia.
Appel Chr. 43, 74 (= Mönch v. Mont. 9, 74).
 
24. tro qe viret. Coulet donne tro qu’en viret, avec le ms. qui donne qem, mais il faut corriger en tro qe. Le m a pu s’y glisser en raison des n de ce vers et du suivant.
 
26. Jeanroy (AdM, X, 352) trouve la traduction de ce vers peu satisfaisante. En effet, le sens en paraît un peu confus chez Coulet. Mais il n’est guère possible de le corriger. C’est donc la traduction de Coulet qui est retenue, mais éclaircie. Ce vers se rapporte aux vv. 12 et 13 où Guilhem, ayant dit ses craintes sur la disparition de l’amour, donne comme raison l’abandon des riches. “A l’état où en sont les choses [littéralement, il court un tel temps que], il faut que le mal disparaisse, autrement je ne vois pas où l’honneur puisse trouver un abri.”
 
29. D’après le ms., per lo seu allegrar. On peut adopter la suggestion de Tobler (Archiv, CI, 465) qui donne los seus, en restituant les deux s. Coulet, au contraire, comprend lo sen, “l’esprit, et, par suite : les esprits” (p. 126). Mais ma restitution, dans le sens de ‘servants d’amour’, est beaucoup plus vraisemblable et cadre mieux avec le sens général de la pièce. Cette idée se rapporte aux vv. 4 et 5.
 
30. ops. Coulet avait donné obs dans son texte du poème, mais dans la note au v. 30 (p. 126), il parle de ops, de même qu’il note cette forme dans son glossaire (p. 228).
 
31. Avec Coulet, on peut rétablir un y devant falhi. Deux exemples outre ceux donnés par Coulet se trouvent dans Levy (SW, III, 402, 4) et 8)) :
 
Ben tanh qu’eu sia fis vas leis,
Quar anc mais tant en aut non cric,
Que nostre senher el mezeis
Ab pauc de far non i falhic,
     Qu’a penas saup ab la lenga
     Dir: aitals volh que·s devenga.
Bartsch, Chr. 68,16 (R. d’Aur.)
 
E si·eus cujatz qu’ella·l saup faire
Tot cant a bel solatz cove,
Ja non cug que y falhatz en re.
Raim. Vidal, So fo 133.
 
est ici employé par pléonasme, comme le suggère Coulet (p. 126, note au v. 31), pour désigner l’amour. Tobler (Archiv, CI, 465) avait suggéré vas lei ieu non falhi en rétablissant ieu, mais il est moins vraisemblable que le scribe ait omis ieu que y, qui est d’ailleurs beaucoup employé avec le verbe falhir, comme on l’a vu.
 
37. Le vers étant trop court d’une syllabe, j’ajoute si. Coulet avait donné com fe le cers pour éviter la difficulté.
 
39. Tobler (Archiv, CI, 466) et Appel (Zeitschr., XXIII, 556) font remarquer la forme intéressante de·s pour det se (dedit sibi).
 
40. Coulet, parlant de la fable du cerf qui boit à la fontaine (p. 127), s’était borné à constater la différence entre la version de Guilhem et celle de Marie de France. Il suggère ou une déformation de la tradition de la part de Marie ou la possibilité de deux sources. J’ai pu vérifier qu’en effet celle de Marie de France ne donne pas les mêmes détails que la version latine en vers de Phèdre, la version latine en prose de Romulus et l’Ysopet-Avionnet, recueil des fables d’Ésope en vers latins accompagnées d’une traduction française, qui dans le cas de cette fable est d’un style admirable (cf. respectivement, pour Marie de France, Marie de France, Fables, edited by A. Ewert & R. C. Johnston (Oxford, 1942), pp. 19, 20 ; pour la version de Phèdre, Phaedri Fabulae Aesopiae, [éditées par] Iohannes Percival Postgate (Oxonii, 1919), Liber primus, XII ; pour la version de Romulus, Die Paraphrasen des Phaedrus und die Aesopische Fabel im Mittelalter von Hermann Oesterley (Berlin, 1870), pp. 68, 69 ; pour l’Ysopet-Avionnet, Ysopet-Avionnet : the Latin and French Texts, edited by Kenneth McKenzie and William A. Oldfather (University of Illinois Studies in Language and Literature, vol. V : Nov. 1919, no. 4), pp. 143, 144). Or, la version de Guilhem offre vraisemblablement la même fable tirée d’un fonds commun, sans doute, mais raccourcie. Il ne donne les détails ni de la fuite du cerf devant les chiens ni des difficultés du cerf à traverser le bois dans lequel ses cors sont pris. Chez Montanhagol, les pieds lui étaient utiles pour courir, tout maigres qu’ils étaient, tandis que ses cors le faisaient prendre et tuer. La version de Marie de France, dans laquelle le cerf admire ses cors, ne parle pas de ses “jambes”, comme l’avait constaté Coulet. Il semble que Marie se soit inspirée d’un texte anglais, aujourd’hui perdu (cf. Ysopet-Avionnet, p. 12).
 
45. Je lis au lieu de d’autres daria (Coulet, p. 121) d’autra·m daria avec Tobler (Archiv, CI, 465) et Jeanroy (AdM, X, 352). En effet Coulet traduit : “que l’amour d’autres dames me donnerait” (p. 185).
 
47. se dey’abandonar. Coulet avait consulté Levy, mais avait donné à ‘sich hingeben’, ‘sich ergeben’ le sens de ‘s’abandonner’, alors que ces verbes signifient ‘se résigner’. Levy donne de nombreux exemples de cette signification (cf. SW, I, 2, 3). Tobler (Archiv, CI, 467) fait remarquer ce sens.
 
48. conoissent. Coulet donne au glossaire, ‘sage’, ‘sensé’ (p. 211), mais oublie ce mot dans sa traduction (p. 185). Levy ne donne pas ce sens à conoissent : d’abord, il suggère (SW, I, 327, 328) ‘kenntlich’, ‘wahrnehmbar’ (comme Tobler, Archiv, CI, 466), ce qui ne peut être le cas ici ; ensuite, ‘bekannt’, et, en troisième lieu, ‘erkenntlich’, ‘dankbar’. Ce dernier semble cadrer mieux avec le sens de la phrase. Il convient donc de traduire par ‘reconnaissant’, sens que donne Levy dans son Petit Dictionnaire Provençal-Français (cf. conoiser, p. 90).
 
54. d’amia. La construction de ce vers semble peu normale. Coulet note l’emploi de d’amia sans article ni déterminatif, ce qui fait penser à une faute du ms. Mais il veut justifier cet emploi par une citation donnée par Crescini (Manualetto, 39, 18). A mon avis, cet exemple ne prouve rien :
 
Car cel non es ges bons ad ops d’amia
Que can la ve es d’amoros estatge.
 
L’expression ad ops de est régulièrement suivie par un substantif sans article. Cf. aussi, ad ops d’amar au v. 30 de cette pièce.
 
55. Alcaya. On doit garder la forme du ms. rejetée par Coulet en faveur de Algaya, “forme plus commune,” prétend-il (p. 128). On retrouve pourtant la forme Alcaya dans de nombreux mss. En effet, comme le reconnaît Coulet (ibid.), au moins deux dames portaient ce nom à l’époque de Guilhem. Plus précisément, celles dont fait mention Coulet sont Algayette de Scorailles, femme d’Henri II de Rodez et Alcayette, fille d’Hugues, comte de Rodez (cf. pour les deux, respectivement, Hist. Lang., VI, 533 et 903). Outre celles-là, il y avait, comme le suggère Coulet, d’autres dames. En effet, on retrouve l’existence, dans une charte datée de 1231, d’une Algaye, femme de Raimond de Dourgne (ibid., VI, 666 et VIII, c. 942). Serait-ce celle-là ? On ne saurait le dire. Pas plus que pour celle-ci, Alcaie, “filia Berengarii Astronis, uxor Bernardi Raimundi de Tholosa,” dont il y a plusieurs mentions dans les chartes de 1246 (cf. ibid., VIII, Index Onomasticus, c. 2016 et c. 1214, 1217 et 1219).

 

 

 

 

 

 

 

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